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jeudi 5 juin 2008

Rage Against the Machine en concert à Bercy

[J'ai initialement écrit cette chronique pour Le HibOO, le webzine sur la musique de Rod que vous connaissez sûrement déjà pour ses photos de concerts.]

Oublions un instant la demi-mesure : Rage Against the Machine a pulvérisé Bercy le 4 juin 2008. Commençons par un petit retour en arrière... Je me retrouve un peu par hasard dans un magasin Virgin. J'entends deux vendeurs parler d'un concert de Rage Against the Machine à Paris. Je sursaute : c'est LE concert que je n'ai jamais réussi à voir dans les années 90 ! Renseignements pris, je me connecte sur Fnac.com le jour J juste avant l'heure H... Je prends cinq places, histoire d'inviter quelques amis. Et une poignée de minutes après, les réservations ne sont plus possibles.

Après la première partie assez conceptuelle de Saul Williams, une énorme étoile rouge s'élève à l'arrière de la scène. Il est 21 h 45 et l'Internationale résonne pendant que nos quatre amis débarquent enfin. Testify (3e album) marque le début du concert. La fosse se met à bouillir, elle déborde largement, et les gradins sont massivement utilisés comme trampoline. Alors que Tom Morello est déjà à 200 % à la guitare, Zack de La Rocha fait progressivement monter la pression au micro sur les premiers morceaux avec par exemple Bulls on Parade (2e album).

Et là... Bombtrack... Know Your Enemy... Bullet in Your Head... Ces trois titres du premier album s'enchaînent, plus de quinze ans après la sortie du disque, et la température n'est plus mesurable. Maintenant, Zack de La Rocha est intenable. Il s'accorde avec la folie scénique de Tom Morello et laisse parfois la parole au public, qui lui montre que 1992, c'était hier. Le style n'a pas pris une ride et bien que l'on puisse s'interroger sur les motivations de cette tournée, la colère et l'efficacité musicale sont bien au rendez-vous. Tim Commerford est d'ailleurs bien présent à la basse, avec un son très brut. Par contre, Brad Wilk n'a pas l'air tout le temps à l'aise derrière sa batterie.

Une chose est sûre : Tom Morello est un guitariste absolument hallucinant. Il y a évidemment son sens du riff, son originalité, sa maîtrise des effets, etc. Et sur scène, on découvre son incroyable jeu de jambes : quelle énergie ! On apprécie, surtout en tant que guitariste, son touché impeccable. On peut aussi rigoler en le voyant jouer sans la main droite et en profiter pour boire un coup pendant que les trois autres sont très concentrés sur la musique. Et puis, il y a les petites nouveautés. Parfois des effets plus présents et un solo un peu plus fouillé comme sur Freedom. Parfois un enrichissement rythmique accompagné d'un pas de danse comme sur Killing in the Name. Deux autres morceaux du premier album sur lesquels je vais devoir en dire un peu plus...

Le choix des titres de ce concert va à l'essentiel : une grosse louche du premier album et quelques pincées des trois suivants. Issu du dernier album, Renegades of Funk n'a par exemple pas démérité face aux mastodontes du premier. Ce mélange tient pendant une heure et c'est la pause. On imagine alors une scène de réhydratation d'urgence dans les loges tant la sueur a coulé.

Le groupe revient avec Freedom... Et puis c'est l'apothéose : Killing in the Name. L'ambiance est monumentale. Plus que jamais, le public hurle et lève les bras. Les dernières notes sont jouées alors que toute la salle est éclairée. Chacun peut ainsi constater que la puissance colossale de Rage Against the Machine a retourné tout Bercy.

dimanche 16 mars 2008

Chronique de l'album Ce garçon de Travis Bürki

[J'ai initialement écrit cette chronique pour Le HibOO, le webzine sur la musique de Rod que vous connaissez sûrement déjà pour ses photos de concerts.]


« Il les accoste en chantant / Les tutoie quand ils sont vivants [...] Vous êtes vivants » (Ce garçon)

Le troisième album de Travis Bürki est sorti le 22 février, il comprend 12 titres en français, pèse 69 grammes et s'intitule Ce garçon. Avant tout, il faut que je vous dises que j'ai réalisé le clip du single (Ton potentiel). Alors par déontologie, je n'évoquerai pas ce morceau ;-) Mais j'ai très envie de vous présenter Travis et de vous inviter à ses concerts (tous les mardi à l'Archipel en ce moment). En attendant que l'on se croise et plus si affinité... Il y a ce disque. Et j'ai donc 11 titres pour vous parler du phénomène.

« Elle le sait et lui répond / L’amour, c’est pour les chansons » (Lausanne-Paris)

Ce garçon
est le troisième album de Travis Bürki. Il fait suite à Après les dancings (2002) et La luge (2004). Bien qu'assez discrets sur le plan médiatique, ces albums proposent deux morceaux sidérants, respectivement Après les dancings et Qui fus-je ? Mais c'est en avril 2007 que j'ai découvert Travis Bürki : une rencontre avant son concert au Zèbre de Belleville.

« Je suis venu pour te baiser / Pas pour déclamer des poèmes » (L'orgasme)

Travis Bürki sur scène, c'est avant tout une énergie, un personnage, une mise en scène et des imprévus. Le public sent bien qu'il ne s'agit pas d'un simple tour de chant et l'atmosphère devient rapidement celle d'un spectacle musical hors norme. Le personnage de Travis Bürki possède une immodestie délicieuse, touchante, fragile. Travis Bürki remet tout en jeu à chaque note. Ses interprétations rappellent les oscillations d'un funambule. Un funambule adroit puisque même les imprévus n'ont pas raison de son équilibre. De cette façon, le réglage de son siège peut donner lieu à un spectacle inédit.

« Écouter la même chanson, au même endroit, seul comme un con » (L'invisible)

Inévitablement, je me suis demandé comment un disque pourrait témoigner de cette richesse. La réponse a été évidente dès la première écoute : cet album est mis en scène ! La diversité des styles y est étonnante. De nombreux clins d'œil musicaux sont à découvrir. Donc : un nouveau décor pour chaque chanson. L'action du personnage de Travis Bürki est elle aussi très variée : il fait du vélo, il entre chez les gens, il aime, il vit dans un vagin... Le chant est posé, sûr et profond. On est ainsi transporté d'une rêverie à une autre.

« Traçant un chemin jusqu’à lui / Afin qu’enfin il se jette à l’eau » (La femme océan)

Ayant commencé avec des chiffres, je finis de la même manière... Derrière sa magnifique pochette rouge, ce disque cache à mon avis cinq titres d'exception, soit autant que mon album de référence pour ces dernières années. Nul doute que les amateurs de Travis Bürki reconnaîtront l'album de l'épanouissement. Ceux qui le découvrent auront peut-être un petit effort à réaliser avant de faire tourner cet album en boucle, par exemple passer un mardi soir à l'Archipel !

« Je connais l’univers / Le début et la fin » (Dans un vagin)

Liste des morceaux


1. Ce garçon
2. Ton potentiel
3. Les inquiets
4. Lausanne-Paris
5. L'orgasme
6. L'invisible
7. Les fleurs
8. Daphné
9. La femme océan
10. Ébloui
11. Feng-shui
12. Dans un vagin

Travis Bürki, Ce garçon — Universal Publishing/Anticraft