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samedi 5 février 2011

Déclencheur : un épisode sur l'application Instagram et les photos par-ci, par-là

Je participe occasionnellement au podcast Déclencheur de Benoît Marchal. Depuis 2006 (donc les débuts de Déclencheur), à raison de deux ou trois chroniques par an, nous en sommes actuellement à la douzième. Il s'agit d'un épisode sur l'application Instagram pour iPhone. Nous parlons des principes de base de l'application : le partage de photos, le type de photo (format carré, application de filtres) et des usages que l'on peut en avoir (le mien avec les photos par-ci, par-là et celui plus large du photographe Pierre Thomas). Bon écoute !

jeudi 5 juin 2008

Rage Against the Machine en concert à Bercy

[J'ai initialement écrit cette chronique pour Le HibOO, le webzine sur la musique de Rod que vous connaissez sûrement déjà pour ses photos de concerts.]

Oublions un instant la demi-mesure : Rage Against the Machine a pulvérisé Bercy le 4 juin 2008. Commençons par un petit retour en arrière... Je me retrouve un peu par hasard dans un magasin Virgin. J'entends deux vendeurs parler d'un concert de Rage Against the Machine à Paris. Je sursaute : c'est LE concert que je n'ai jamais réussi à voir dans les années 90 ! Renseignements pris, je me connecte sur Fnac.com le jour J juste avant l'heure H... Je prends cinq places, histoire d'inviter quelques amis. Et une poignée de minutes après, les réservations ne sont plus possibles.

Après la première partie assez conceptuelle de Saul Williams, une énorme étoile rouge s'élève à l'arrière de la scène. Il est 21 h 45 et l'Internationale résonne pendant que nos quatre amis débarquent enfin. Testify (3e album) marque le début du concert. La fosse se met à bouillir, elle déborde largement, et les gradins sont massivement utilisés comme trampoline. Alors que Tom Morello est déjà à 200 % à la guitare, Zack de La Rocha fait progressivement monter la pression au micro sur les premiers morceaux avec par exemple Bulls on Parade (2e album).

Et là... Bombtrack... Know Your Enemy... Bullet in Your Head... Ces trois titres du premier album s'enchaînent, plus de quinze ans après la sortie du disque, et la température n'est plus mesurable. Maintenant, Zack de La Rocha est intenable. Il s'accorde avec la folie scénique de Tom Morello et laisse parfois la parole au public, qui lui montre que 1992, c'était hier. Le style n'a pas pris une ride et bien que l'on puisse s'interroger sur les motivations de cette tournée, la colère et l'efficacité musicale sont bien au rendez-vous. Tim Commerford est d'ailleurs bien présent à la basse, avec un son très brut. Par contre, Brad Wilk n'a pas l'air tout le temps à l'aise derrière sa batterie.

Une chose est sûre : Tom Morello est un guitariste absolument hallucinant. Il y a évidemment son sens du riff, son originalité, sa maîtrise des effets, etc. Et sur scène, on découvre son incroyable jeu de jambes : quelle énergie ! On apprécie, surtout en tant que guitariste, son touché impeccable. On peut aussi rigoler en le voyant jouer sans la main droite et en profiter pour boire un coup pendant que les trois autres sont très concentrés sur la musique. Et puis, il y a les petites nouveautés. Parfois des effets plus présents et un solo un peu plus fouillé comme sur Freedom. Parfois un enrichissement rythmique accompagné d'un pas de danse comme sur Killing in the Name. Deux autres morceaux du premier album sur lesquels je vais devoir en dire un peu plus...

Le choix des titres de ce concert va à l'essentiel : une grosse louche du premier album et quelques pincées des trois suivants. Issu du dernier album, Renegades of Funk n'a par exemple pas démérité face aux mastodontes du premier. Ce mélange tient pendant une heure et c'est la pause. On imagine alors une scène de réhydratation d'urgence dans les loges tant la sueur a coulé.

Le groupe revient avec Freedom... Et puis c'est l'apothéose : Killing in the Name. L'ambiance est monumentale. Plus que jamais, le public hurle et lève les bras. Les dernières notes sont jouées alors que toute la salle est éclairée. Chacun peut ainsi constater que la puissance colossale de Rage Against the Machine a retourné tout Bercy.

dimanche 16 mars 2008

Chronique de l'album Ce garçon de Travis Bürki

[J'ai initialement écrit cette chronique pour Le HibOO, le webzine sur la musique de Rod que vous connaissez sûrement déjà pour ses photos de concerts.]

« Il les accoste en chantant / Les tutoie quand ils sont vivants [...] Vous êtes vivants » (Ce garçon)

Le troisième album de Travis Bürki est sorti le 22 février, il comprend 12 titres en français, pèse 69 grammes et s'intitule Ce garçon. Avant tout, il faut que je vous dises que j'ai réalisé le clip du single (Ton potentiel). Alors par déontologie, je n'évoquerai pas ce morceau ;-) Mais j'ai très envie de vous présenter Travis et de vous inviter à ses concerts (tous les mardi à l'Archipel en ce moment). En attendant que l'on se croise et plus si affinité... Il y a ce disque. Et j'ai donc 11 titres pour vous parler du phénomène.

« Elle le sait et lui répond / L’amour, c’est pour les chansons » (Lausanne-Paris)

Ce garçon
est le troisième album de Travis Bürki. Il fait suite à Après les dancings (2002) et La luge (2004). Bien qu'assez discrets sur le plan médiatique, ces albums proposent deux morceaux sidérants, respectivement Après les dancings et Qui fus-je ? Mais c'est en avril 2007 que j'ai découvert Travis Bürki : une rencontre avant son concert au Zèbre de Belleville.

« Je suis venu pour te baiser / Pas pour déclamer des poèmes » (L'orgasme)

Travis Bürki sur scène, c'est avant tout une énergie, un personnage, une mise en scène et des imprévus. Le public sent bien qu'il ne s'agit pas d'un simple tour de chant et l'atmosphère devient rapidement celle d'un spectacle musical hors norme. Le personnage de Travis Bürki possède une immodestie délicieuse, touchante, fragile. Travis Bürki remet tout en jeu à chaque note. Ses interprétations rappellent les oscillations d'un funambule. Un funambule adroit puisque même les imprévus n'ont pas raison de son équilibre. De cette façon, le réglage de son siège peut donner lieu à un spectacle inédit.

« Écouter la même chanson, au même endroit, seul comme un con » (L'invisible)

Inévitablement, je me suis demandé comment un disque pourrait témoigner de cette richesse. La réponse a été évidente dès la première écoute : cet album est mis en scène ! La diversité des styles y est étonnante. De nombreux clins d'œil musicaux sont à découvrir. Donc : un nouveau décor pour chaque chanson. L'action du personnage de Travis Bürki est elle aussi très variée : il fait du vélo, il entre chez les gens, il aime, il vit dans un vagin... Le chant est posé, sûr et profond. On est ainsi transporté d'une rêverie à une autre.

« Traçant un chemin jusqu’à lui / Afin qu’enfin il se jette à l’eau » (La femme océan)

Ayant commencé avec des chiffres, je finis de la même manière... Derrière sa magnifique pochette rouge, ce disque cache à mon avis cinq titres d'exception, soit autant que mon album de référence pour ces dernières années. Nul doute que les amateurs de Travis Bürki reconnaîtront l'album de l'épanouissement. Ceux qui le découvrent auront peut-être un petit effort à réaliser avant de faire tourner cet album en boucle, par exemple passer un mardi soir à l'Archipel !

« Je connais l’univers / Le début et la fin » (Dans un vagin)

Liste des morceaux


1. Ce garçon
2. Ton potentiel
3. Les inquiets
4. Lausanne-Paris
5. L'orgasme
6. L'invisible
7. Les fleurs
8. Daphné
9. La femme océan
10. Ébloui
11. Feng-shui
12. Dans un vagin

Travis Bürki, Ce garçon — Universal Publishing/Anticraft

lundi 27 février 2006

LesTelechargements.com : un faux débat qui fait peur

Le 22 février avait lieu au Palais de Tokyo à Paris le lancement du site LesTelechargements.com. Ce site veut être un « espace de dialogue libre entre créateurs et internautes ». Précisons que « LesTelechargement.com est un site créé à l'initiative du Ministère de la Culture et de la Communication, du Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, de la SACD et de la SACEM ». Ajoutons que le site a été réalisé par Publicis. Et l'espace d'un instant, revenons sur les événements précédents.

Fin décembre, le projet de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI) a été examiné en urgence (en urgence, car la France tarde à transposer la directive européenne qui est à l'origine de ce projet de loi). Mais deux amendements allant dans le sens de la légitimation du téléchargement d'œuvres protégées en contrepartie d'une rémunération (la licence légale) sont venus semer le trouble et le débat a été suspendu.

Une nouvelle version du projet de loi sera examinée du 7 ou 9 mars et il est clair que le site LesTelechargements.com ne la fera pas évoluer. Alors, on peut se demander à quoi peut bien servir ce site. Pour répondre à cette question, faisons un petit retour sur la soirée de lancement et examinons la situation après quelques jours d'activité sur le site.

Une soirée de lancement sans illusion

Dès 18 h 00, les invités pouvaient découvrir le site LesTelechargements.com grâce à quelques ordinateurs installés dans la salle. Les discours ont commencé un peu avant 19 h 00. Thierry Breton a annoncé une préparation aux changements liés, selon ses termes, à la « dématérialisation ». Chacun pourra se demander pourquoi cela n'a pas déjà été fait depuis des années. Ensuite, Renaud Donnedieu de Vabres a essayé de convaincre du bien-fondé de la nouvelle version du projet de loi DADVSI : « Je veux préserver les libertés de tous ! » Parmi ses arguments : pas de prison pour les internautes et prise en compte des logiciels libres. RDDV va même jusqu'à proclamer la garantie de la copie privée et de l'interopérabilité.

Mais ne rêvons pas, les DRM restent au cœur de ce projet de loi. Ainsi, ces belles paroles sont à mettre sérieusement en perspective : logiciels libres sous certaines conditions, copie privée restreinte à un faible nombre d'exemplaires et interopérabilité limitée. Alors, où sont nos libertés ?

Une courte vidéo de présentation du site a suivi, puis les discussions interrompues par les discours ont repris. Les artistes (Louis Bertignac, Eddy Mitchell, Yves Duteil, etc.) et les deux ministres ont été particulièrement sollicités par la presse. Vers 20 h 00, alors que Bob Sinclar venait de monter le son, la plupart des 400 invités avait filé.

Un site déséquilibré

Le slogan du site LesTelechargements.com est : « Créateurs et internautes s'entendent sur le téléchargement ». Il manque donc à ce débat un acteur majeur : les intermédiaires (producteurs, éditeurs, distributeurs, etc.). Mais justement, ne s'agit-il pas plutôt d'un faux débat ? Examinons le site de plus près.

Il s'agit principalement d'un blog qui diffuse de courtes vidéos. Des artistes tentent de nous expliquer pourquoi le téléchargement libre n'est pas bon pour eux. Par exemple, Marc Lavoine nous dit : « Moi j'ai fait une petite évaluation comme ça, sur les trois ou six années qui viennent c'est 300 000 emplois qui vont être supprimés ». Ce blog ne propose pour l'heure qu'un seul autre point de vue, celui de Guillaume Champeau (rédacteur en chef de Ratiatum.com) qui a bien voulu prendre le rôle de l'opposant au projet de loi.

Le reste du site propose des textes sur le téléchargement légal, des vidéos sur l'industrie du disque, des explications à propos de la loi et de quelques termes qui y sont liés (explications où l'on relève de multiples imprécisions) et quelques liens vers de la musique à télécharger (n'espérez pas y trouver Marc Lavoine). Des chats sont aussi annoncés avec des artistes, mais aucune date n'est avancée...

Un drame en trois actes

Acte I : le lancement. On découvre le site avec ses quatre premières vidéos : Marc Lavoine, Malik et Wallen, Jean-Jacques Annaud et Guillaume Champeau. Commencent alors la déferlante des commentaires et leur modération a priori (entre 9 h 00 et 21 h 00).

Acte II : l'explosion. 534 commentaires sont validés en 24 heures pour la vidéo de Marc Lavoine. L'absurdité du fonctionnement de ce site éclate au grand jour.

Acte III : le revirement. Les commentaires sur les vidéos sont fermés. Ces commentaires étaient jusqu'alors le seul espace d'expression des internautes. Actuellement, de nouvelles vidéos alimentent toujours le blog mais on ne peut laisser des commentaires que sur des questions comme « Qu'attendez-vous de l'offre légale ? » ou « Quelles caractéristiques pour la copie privée numérique ? » C'est évidemment un aveu d'échec. Mais on comprend aussi que les artistes ont voulu cesser ce flux ininterrompu de critiques. Quant à Guillaume Champeau : « il se retrouve maintenant avec la désagréable impression de parler dans le vide ».

Un faux débat

LesTelechargements.com est présenté comme un « espace de dialogue libre ». Mais nous le voyons plutôt comme un faux débat. Il manque des intervenants : on ne peut pas répondre aux intermédiaires. Le dialogue prévu n'a déjà plus lieu : on ne peut plus répondre aux arguments avancés par les artistes. Et surtout, c'est un débat à sens unique : les internautes ne peuvent que répondre, ils n'ont pas la possibilité de lancer un sujet de discussion. Face à ce faux débat, nombreux sont ceux à s'offusquer de l'absence d'un forum de discussion.

Le forum de discussion est un instrument de débat qui existe depuis bien longtemps sur le Web. C'est un mode d'expression justement dédié au « dialogue libre ». Alors choisir délibérément un autre mode de communication, c'est montrer son incohérence.

Appel à nos députés

Nous avons donc affaire à un leurre. Ce site fait croire aux internautes qu'ils seront écoutés. Dans une démocratie, cela fait peur. Mais heureusement, nous avons des députés qui peuvent dire non. Donc, mesdames et messieurs les députés : demandez un vrai débat national, refusez ce projet de loi qui ne tient pas compte de l'évolution de la société. Faisons des propositions précises à propos de la licence globale, tant sur le plan économique que technique. Parlons sérieusement des formats ouverts. Pensons à l'avenir et demandons-nous par exemple comment nous pourrons profiter de nos fichiers dans plusieurs dizaines d'années après de nombreux changements de matériel et de logiciels.

mardi 14 février 2006

Qu'attendre d'un débat sur la loi DADVSI qui arrive trop tard ?

Un débat national sur la loi DADVSI est enfin programmé. Son lancement, qui regroupera 400 personnes, aura lieu le 22 février au Palais de Tokyo à Paris. Il est organisé par le ministère de la culture, la SACEM et la SACD. Le débat aura lieu sur un site Web concocté par Publicis : LesTelechargements.com. Ce site sera offert à une association à l'issue du vote. On peut rapidement émettre quelques commentaires : « Enfin ! », « Le temps sera trop court ! », « De toute façon, ça ne changera rien ! » Mais l'on peut aussi se demander ce qui va se passer. Essayons, imaginons, rêvons...

Parties en présence

Identifions pour commencer les acteurs de ce débat. Il y a les artistes, les créateurs, les auteurs, ceux qui réalisent les œuvres. Celles-ci sont reçues par le public, représenté par différents types d'associations. Et bien souvent, des intermédiaires organisent le commerce de ces œuvres. Ce sont les producteurs, les éditeurs, les distributeurs, etc.

Il y a aussi des diffuseurs qui n'entrent pas directement dans le circuit commercial comme les radios, notamment sur le Web, ou les bibliothèques. N'oublions pas certains handicapés pour qui une adaptation des œuvres peut être nécessaire. Citons aussi le monde politique et en particulier le gouvernement, que l'on dit souvent sous l'emprise des groupes de pression de l'industrie. Enfin, rappelons-nous que les débats liés à loi DADVSI interviennent dans un contexte riche : le droit d'auteur et son histoire, le numérique et la dimension planétaire d'Internet, les logiciels libres et leur relation compliquée avec les DRM, etc.

Changements récents

Revenons un instant sur le numérique. Celui-ci permet la copie d'œuvres à l'identique, leur compression et grâce à Internet, un partage mondial des données. Il y a donc un changement en terme de qualité des copies, mais aussi de diffusion. Un artiste peut désormais se passer d'intermédiaires. Le numérique offre, pour un budget raisonnable, les moyens de couvrir l'intégralité du cycle de vie d'une œuvre : production économique, diffusion mondiale sur les réseaux P2P, présence sur un site Web, promotion sur les blogs et les podcasts par bouche à oreille, vente de biens culturels, d'articles associés et de places de concert grâce au commerce électronique.

Le numérique aujourd'hui, c'est aussi les DRM. En limitant la copie, ces mécanismes ne permettent pas au public de réaliser leurs copies privées de manière satisfaisante. Par exemple, un DVD n'est à la base pas copiable. Quant aux fichiers musicaux sous DRM, on ne peut généralement en faire qu'un nombre très restreint de copies (ce faible nombre ne garantissant pas une écoute sur plusieurs dizaines d'années). Les DRM posent aussi des problèmes quant à l'interopérabilité. Par exemple : comment, sans contourner les DRM, écouter un fichier acheté à Apple sur un autre baladeur MP3 que l'iPod ? Réaliser une copie privée, une copie de sauvegarde, conduit donc à une gymnastique contraignante. Pour le son, on peut par exemple faire un enregistrement au moment où il est lu. Et pour les DVD, on peut utiliser l'un des nombreux logiciels permettant de faire sauter les protections. Cela se complique pour la vidéo ou les livres achetés sur Internet...

Le public se retrouve dans une position absurde : d'une part, il paye sur différents supports une redevance pour la copie privée, d'autre part il est contraint à des manipulations lourdes pour réaliser ses copies privées et l'on va maintenant le qualifier de délinquant !

Le public

Lors de ce nouveau débat, on peut imaginer que le public demande que la copie privée devienne un droit et pas seulement une exception au droit d'auteur, que le contournement des DRM ne soit pas condamnable. La qualification de la source de la copie privée sera sûrement discutée : une différence pourrait être faite entre les œuvres que l'on a achetées soi-même et les autres. En allant plus loin, certains demanderont l'interdiction des DRM et l'utilisation obligatoire de formats ouverts pour les fichiers vendus en France dans le but de garantir l'interopérabilité.

Le public revendiquera sans doute un accès libre à la culture. L'argument étant que la découverte d'un artiste par le téléchargement gratuit peut amener à l'achat de ses œuvres. On peut ainsi penser que la licence globale optionnelle sera plébiscitée. Cela correspondrait pour le public à une rémunération des artistes en évitant de payer les intermédiaires.

Les artistes

Les artistes bien installés vont probablement continuer à être favorables à la loi DADVSI telle qu'elle est présentée, avec un objectif prioritaire : conserver leurs sources actuelles de revenus (sources basées sur leurs intermédiaires).

Les artistes qui prennent en compte l'évolution des pratiques sur Internet pourraient présenter une tout autre vision. Ils pourraient réclamer le droit à leurs intermédiaires (s'ils en ont) d'être présents sur les réseaux P2P, dans les podcasts et les radios sur le Web pour que l'on puisse les découvrir plus facilement. Ces artistes pourraient vouloir profiter du bouche à oreille qui est de plus en plus puissant sur le Web. Ils pourraient ainsi être partisans de la licence globale : pour rémunérer les artistes écoutés par ce biais, mais aussi pour financer un fond public d'aide à la création.

Les intermédiaires

Les intermédiaires garderont certainement la même position : tout faire pour conserver les modes actuels de commercialisation des biens culturels, vouloir appliquer un système obsolète pour les nouvelles créations, voir Internet non pas comme une évolution profonde de la société mais simplement comme l'opportunité de proposer des téléchargements payants.

Complémentarité des propositions

On entend parfois à propos de la loi DADVSI : « s'il y avait une solution, ça se saurait, ça existerait déjà dans un autre pays ». Et si justement il n'y avait pas une solution unique, mais plutôt une solution multiple...

Reposons quelques bases. 1. Le vinyle et la VHS ont globalement été écartés par le CD et le DVD. Ces derniers seront écartés à leur tour dans un futur proche. Le marché évolue, il faut en tenir compte. 2. À moins d'interdire Internet, on ne peut pas empêcher la copie à grande échelle. Les DRM sont contournés et de nouveaux réseaux P2P peuvent naître très rapidement si certains sont fermés. 3. L'histoire nous montre que dans bien des cas, le droit finit par s'adapter aux nouvelles technologies et non l'inverse : le magnétoscope, les radios libres, la photocopieuse, etc.

On pourrait résumer l'enjeu de ce débat ainsi : assimiler les pratiques liées aux nouvelles technologies, respecter la liberté du public, rémunérer les artistes et aider leurs créations, offrir un espace aux intermédiaires pour des services à forte valeur ajoutée.

Donc, il y aurait d'un côté : la copie privée renforcée et la licence globale optionnelle (rémunération des artistes et fond d'aide à la création). Et de l'autre : des offres payantes proposées par des intermédiaires qui fourniraient des services à forte valeur ajoutée. Les intermédiaires ont l'opportunité d'inventer de nouveaux modèles économiques. Par exemple : puisque les fichiers s'échangent le plus souvent sur les réseaux P2P de manière assez compressée (avec perte de qualité), pourquoi ne pas proposer en téléchargement payant des fichiers plus faiblement compressés (avec strictement aucune perte de qualité) ?

Il y aurait même de la place entre les deux pour des services innovants comme Jamendo qui marrie musique sous licence Creative Commons, réseaux P2P, site Web de découverte, fils RSS et podcasts, gratuité et invitation à faire des dons pour rémunérer les artistes.

Circonspection

Mais soyons réalistes, il n'y a quasiment aucune chance d'en arriver là. La copie privée ne sera pas renforcée, les DRM le seront, la licence globale optionnelle ne sera pas adoptée et des millions d'internautes seront menacés de sanctions. Heureusement, il restera des services comme Jamendo et bien d'autres initiatives libres verront le jour. Le système vieillissant que nous connaissons aujourd'hui s'éteindra doucement. Le droit finira par s'adapter. Mais à quel prix ? En tout cas, nous serons présents au lancement du site LesTelechargements.com. Nous vous tiendrons au courant.

vendredi 27 janvier 2006

Biens culturels et vocabulaire à l'heure de la loi DADVSI

Lors des débats actuels sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI), chacun avance des arguments pour défendre son point de vue. Je ne veux pas analyser ici ces arguments, je souhaite plutôt relever un point qui est à la source d'un certain nombre d'incompréhensions : le vocabulaire utilisé. Chacune des parties s'exprime avec le vocabulaire de son domaine, ce qui paraît naturel. Mais la diversité des acteurs concernés semble avoir atteint un niveau qui ne leur permette pas de s'entendre pour l'instant. Nous allons voir comment cela nous mène à des problèmes plus complexes.

Achat ou location ?

Je voudrais prendre un exemple. On entend souvent parler de « la façon dont sont consommés les biens culturels ». Je trouve cette formule inappropriée. Car, je ne consomme pas les biens culturels que j'achète. Je peux dire : « Je consomme beaucoup de riz en ce moment, car on m'a offert un livre sur la cuisine thaïlandaise. » Mais je ne dirai pas : « Je consomme beaucoup de films d'Akira Kurosawa depuis que j'ai vu Les sept samuraïs. » Clairement, je n'achète pas un bien culturel pour le consommer. Je vais le consulter, le placer dans ma bibliothèque (réelle ou numérique), le reconsulter quelques années après, voyager avec, le prêter à des amis, le copier sur un autre support au cas où mon exemplaire serait endommagé (copie privée), etc. Je n'appelle pas cela consommer.

Si je ne faisais que consommer les biens culturels, je n'irais sûrement pas plus loin que leur consultation. Alors, une simple location me suffirait. Mais ce n'est pas le cas et je suis malheureusement contraint à des manipulations dont je me passerais bien. En effet, bien que je ne veuille pas pirater, je me retrouve en position de lutte face aux dispositifs techniques limitant la copie. Voici quelques exemples.

Si j'achète sur iTunes de la musique sous forme de fichiers (dont on ne peut faire que cinq copies), je m'empresse de la graver sur CD pour m'assurer que je pourrai toujours l'écouter dans 20 ans (j'aurai sûrement changé d'ordinateur plus de cinq fois d'ici là). Je le fais aussi pour pouvoir écouter cette musique sur des systèmes qui ne sont pas en mesure de lire les fichiers fournis par Apple (je tiens à l'interopérabilité au sein de ma bibliothèque numérique). Quand j'achète un film sur DVD alors que je suis par exemple aux USA, j'en fais une copie sans protection pour pouvoir le regarder sans difficulté sur les lecteurs de DVD vendus en France. Je copie aussi mes jeux vidéo et j'imprime les livres que j'achète sous forme de fichiers protégés contre la conversion dans des formats plus libres.

Donc, la gestion des droits numériques (DRM en anglais, Digital Rights Management) qui est au cœur du projet de loi DADVSI, pose déjà de nombreux problèmes. Cette gestion des droits peut être mise en place dans le but de contrôler des marchés (par exemple les zones pour les films en DVD) et pour nous empêcher de sortir du cadre légal. Mais il est regrettable de constater que dans les deux cas, cela nuit aux libertés des acheteurs.

Pourquoi la gestion des droits numériques ?

Le numérique induit de nouvelles possibilités. On peut le comparer en cela à d'autres bouleversements qui ont suscité de vives oppositions sur le thème du droit d'auteur : le magnétoscope, les radios libres, la photocopieuse, etc. Le questionnement récurrent étant : peut-on copier/diffuser un contenu et si oui, dans quelle mesure ?

La particularité du numérique par rapport au droit d'auteur est de permettre la copie à l'identique. Je peux copier un fichier de mon disque dur sur une clé USB pour le passer sur un autre ordinateur. Je peux ensuite le graver sur un CD et l'envoyer par e-mail. Tous les exemplaires de mon fichier seront identiques. Ce n'est pas le cas par exemple pour un support analogique comme une cassette audio : à chaque nouvelle copie, la qualité est moins bonne.

Par ailleurs, je peux réduire l'espace nécessaire au stockage de mon fichier grâce à la compression. Pour un morceau de musique par exemple, je peux diviser cet espace par deux sans perdre de qualité. Et si j'accepte une perte de qualité, je peux diviser cet espace par dix (typiquement avec une compression MP3). Ainsi, je peux stocker plus de contenu et le copier plus rapidement.

Quand on ajoute à cela le réseau Internet qui permet d'échanger ce contenu à l'échelle mondiale, on voit bien le problème que cela peut poser. Un internaute équipé d'un logiciel de partage de fichiers peut rapidement se constituer une bibliothèque de plusieurs milliers de chansons. Les fichiers circulent d'un poste à l'autre (P2P, Peer-to-Peer) et les auteurs ne sont pas rétribués.

Des alternatives légales sont proposées, c'est le téléchargement payant. Mais les fichiers vendus ne devant pas alimenter les réseaux P2P, ils sont protégés grâce à des mécanismes de gestion des droits numériques. Les acheteurs peuvent donc être confrontés aux désagréments évoqués plus haut.

Une discussion stérile ?

Si l'on me disait : « la généralisation de la protection des œuvres par des mécanismes de gestion des droits numériques va garantir les revenus de vos artistes préférés et donc leurs prochaines productions ». Je répondrais que je ne consomme pas la culture. Je pourrais préciser que les mécanismes auxquels je suis confronté aujourd'hui ne me permettent pas de jouir pleinement des biens culturels que j'achète.

Si l'on me dit : « vous subirez des sanctions si vous continuez à contourner ces mécanismes ». Je répondrais que je ne fais que réaliser des copies privées pour sauvegarde et que j'entretiens l'interopérabilité de ma bibliothèque numérique. Je dirais aussi mon inquiétude à propos des difficultés que soulève l'association entre les logiciels libres et la gestion des droits numériques.

Mais, serais-je compris ? Prendre la mesure des enjeux liés à ces débats semble nécessiter des compétences difficilement cumulables par une seule personne : informatique, droit, art, économie, sociologie, histoire, etc. Alors, comment discuter autrement ?

Vocabulaire, points de vues, vision

Je suis parti d'un point assez simple : les différents acteurs de ces débats n'utilisent pas le même vocabulaire. Mais l'on voit bien que cela n'est que le symptôme d'une incompréhension bien plus profonde. Il est clair que les parties en présence n'usent pas du même vocabulaire car leur point de vue est différent. Alors, ne faudrait-il pas que chacun commence par exposer quelles sont ses pratiques actuelles ? Nous pourrions prendre conscience des différences de points de vues et par la suite, élaborer une vision commune. Bientôt, presque tous les Français seront internautes. Un dialogue national est nécessaire.

mardi 17 janvier 2006

Lumines et Koloomn : jeux vidéo d'action/réflexion sur PSP

Sony a pour l'instant très bien vendu sa console portable, la PSP. Vous êtes donc nombreux à vous plonger dans les jeux PSP. Il y a un genre qui a toujours bien marché sur les consoles portables : les jeux d'action/réflexion. L'exemple le plus évident est sûrement Tetris sur Game Boy. Depuis cet énorme succès, beaucoup de jeux sont allés dans la même direction. On les appelle souvent les puzzle games : Klax, Columns, Puzzle Bobble (ou Bust-A-Move selon le pays), etc.

Mr. Driller avait montré en 1999 qu'il était encore possible de trouver de nouvelles idées dans ce genre. Récemment, Meteos a fait de même sur Nintendo DS. Sur PSP, c'est Lumines qui s'est illustré avec brio dés le lancement de la console. À la découverte du jeu, le principe ne paraît pas particulièrement innovant... Des blocs composés de quatre carrés (avec deux couleurs possibles) tombent du haut de l'écran et vous devez les rassembler pour former des blocs de la même couleur afin de les faire disparaître. Et puis, on se prend au jeu. On essaye diverses stratégies. C'est la course au score. On se lance des défis, par exemple : faire plus d'un bloc par seconde dans le mode où l'on a qu'une minute de jeu. Quant à la réalisation, elle est de qualité et ne gâche pas notre plaisir. Finalement, on reste accrocher et il faut se raisonner pour reposer la console...

Lumines vient d'être rejoint sur PSP par Koloomn. Mais le charme de ce dernier est bien moins important. Tout comme dans Lumines, l'idée de base est assez simple : réunir des blocs par couleur. Plus précisément, des rangés de blocs arrivent par le bas et vous devez réunir au moins quatre blocs d'une même couleur pour les supprimer. Si un bloc touche le haut de l'écran, vous perdez. La progression des blocs devient plus oppressante qu'excitante. De plus, on subit les attaques d'un petit personnage pas tout à fait sympathique... La réalisation achève le triste portrait avec un espace de jeu ridiculement petit, un environnement graphique criard et des sons agaçants. Bref, restez sur Lumines !

lundi 10 octobre 2005

Au-delà de la bureautique

Finalement, les logiciels de bureautique que nous utilisons massivement à l'heure actuelle sont-ils faits pour nous ? Ne manque-t-il pas un environnement nous permettant de gérer notre contenu depuis la simple note jusqu'au suivi des documents ? Quand passerons-nous de la bureautique à des systèmes qui gèrent le cycle de vie de notre contenu ?

Des logiciels pour qui ?

L'usage des logiciels de bureautique est aujourd'hui largement répandu, chez les professionnels comme chez les particuliers. Ces logiciels sont généralement regroupés dans ce que l'on appelle des suites bureautiques. Il s'agit souvent de Microsoft Office et lorsque ce n'est pas le cas, on en est très proche (par exemple avec OpenOffice). Ce type de logiciel, Word et PowerPoint en tête, sont basés sur une approche dite WYSIWYG (What You See Is What You Get). Au départ attrayante, cette approche peut rapidement poser des problèmes de qualité en ce qui concerne les documents obtenus.

Nous sommes le plus souvent confrontés à une page blanche surmontée de boutons de mise en forme. De cette manière, nous sommes guidés par la mise en page, par la mise en forme typographique. Nous sommes incités à saisir directement notre document tel qu'il sera dans sa forme finale. Se focaliser sur la structure du document et son contenu relève alors d'une volonté forte. Il n'y a en effet pas de distinction franche entre le travail du contenu et celui de sa présentation. Cela ne facilite pas non plus le travail sur la forme. Comme nous ne sommes généralement pas graphistes, maquettistes ou typographes, nous passons des heures à travailler la présentation pour un résultat au mieux moyen et souvent ridicule aux yeux d'un professionnel du domaine.

On peut ainsi dire que, paradoxalement, ces logiciels que nous utilisons régulièrement ne sont pas faits pour nous.

De la méthode au projet

Avec des feuilles et un crayon, on ne dispose pas de fonctionnalités telles que le copier/coller ou la recherche de mots. Mais on bénéficie d'une grande liberté qui nous permet de mettre en œuvre des méthodes que l'on nous a enseignées à l'école. Par exemple, pour la dissertation : on va analyser le sujet au brouillon, jeter ses idées en vrac, les structurer, etc.

Les suites bureautiques n'intègrent pas d'outils pour ce travail. Effectivement, elles ne concernent que la phase de réalisation. Si l'on considère la rédaction d'un document comme un projet, il nous manque donc, avant la réalisation, la phase de conception et, après la réalisation, la phase de communication et de suivi.

Évidemment, chacun peut mettre en place sa propre discipline de travail. Par exemple : structurer sa réflexion grâce à premier logiciel, ensuite rédiger le document avec une autre application qui sera adaptée au type de contenu que l'on souhaite produire et enfin, affiner le système de classement de son disque dur pour enregistrer tout ce qui fait suite à la publication du document. Mais que de temps perdu, que de manipulations complexes, que de mauvaises manœuvres en perspective...

De la bureautique à la gestion du cycle de vie

La dernière phase dont nous parlons est gérée par certains systèmes informatiques. On peut y communiquer des documents, en discuter, stocker ce qui y est lié, etc. Mais ces systèmes ne sont généralement déployés que dans les grandes entreprises, le grand public devant gérer cet aspect par lui-même. Les blogs présentent une avancée intéressante dans ce domaine avec la gestion des commentaires et des liens entre les notes. Mais cela ne concerne donc qu'un usage bien particulier.

Concernant la phase de conception, il existe de nombreux outils permettant de préparer un contenu avant de le rédiger. On utilise souvent pour cela des notes structurées ou des cartes mentales. Mais au moment de rédiger, se pose le problème de la récupération du contenu. On peut procéder par copier/coller, parfois par exportation. Nous devons ainsi assurer la gestion de notre contenu dans le passage d'une phase à une autre. Pourquoi n'y a-t-il pas intégration entre les outils de la phase de conception et ceux de la phase de réalisation ? Cette question a donné lieu à un projet (Osmose) que nous avons mené à l'université de technologie de Compiègne. Nous diffusons maintenant une version préliminaire d'un logiciel libre qui propose cette intégration : http://www.utc.fr/~idylle/osmose/

Nous militons donc pour une gestion du contenu depuis la simple prise de notes jusqu'au suivi des documents, c'est-à-dire pour la gestion du cycle de vie du contenu. De nouveaux systèmes verront le jour, ils assureront ce type de gestion du contenu et seront accessibles au grand public. Les problèmes à résoudre pour atteindre cet objectif sont nombreux (nous y avons travaillé) mais ne manquons pas cette opportunité d'évolution dans l'informatique personnelle, une amélioration de la qualité de nos documents est au bout du chemin.

lundi 7 février 2005

En avez-vous assez des présentations PowerPoint ?

Vous connaissez sans doute au moins l'une de ces deux situations.

La première... Vous arrivez en réunion avec votre ordinateur portable (comme tous vos collègues présents), l'un de vous passe cinq minutes à essayer de faire fonctionner le vidéo projecteur, puis il commence sa présentation en faisant défiler des transparents PowerPoint surchargés de texte. Comme vos collègues, vous n'écoutez rien, vous jetez un coup d'oeil de temps en temps sur l'écran pour voir où l'on en est (au cas où quelqu'un vous pose une question) et vous préparez sur votre ordinateur les transparents PowerPoint que vous allez présenter dans la réunion d'après. À la fin, pas de questions, tout le monde se quitte, l'air très satisfait, en demandant à l'orateur du jour : « Intéressant, tu m'enverras ta présentation ! »

La seconde situation... Vous arrivez en amphi et le prof commence à faire défiler les transparents PowerPoint. Quand un transparent s'affiche, vous le lisez rapidement puis vous vous replongez dans la lecture du magazine des étudiants de votre université. La fois d'après, vous ne venez pas en cours car vous avez téléchargé tous les transparents du semestre sur le site Web du prof. En travaux dirigés, il vous demande un exposé. Vous faites quelques copier/coller depuis des présentations récupérées sur le Web et vous maquillez le tout dans PowerPoint. Le jour de l'exposé, vous êtes si fier des transitions entre vos transparents que vous ne vous rendez pas compte que personne n'écoute, pas même le prof. À la fin, il vous dit : « Intéressant, tu m'enverras ta présentation ! »

Comment en est-on arrivé là ? Comment rattraper le coup ? C'est un sujet passionnant. La pratique des présentations PowerPoint (ou autre logiciel du même type) est tellement ancrée dans notre culture contemporaine que l'on ne voit pas vraiment comment faire autrement, comment échapper aux transparents avec listes à puces et petites images. Parmi les études du problème, on peut par exemple se tourner vers celles-ci :
On peut retenir de ces études principalement deux points, finalement évidents :
  • Le contenu présenté sur des transparents n'est généralement pas développé, c'est en quelque sorte un plan détaillé.
  • La structure des listes ne rend pas compte de toutes les relations qu'il y a entre les éléments.
Prenons un exemple pour illustrer ce second point. Si l'on a la liste suivante :
  • a ;
  • b ;
  • c.
On ne sait pas a priori quel sens lui donner. Voici quelques possibilités :
  • a puis b puis c ;
  • a donc b donc c ;
  • a puis b donc c ;
  • a et b donc c ;
  • a ou b ou c.
Mais tout cela est bien pratique... C'est rapide à faire (sauf si l'on passe trois heures sur les animations) et c'est largement ouvert à la discussion. Si l'on vous questionne sur un point, vous pouvez argumenter dans un sens ou dans l'autre en fonction de votre interlocuteur. Et si l'on regrette que votre document ne soit pas plus complet, il vous reste l'une de vos tirades préférées : « Oui mais tu sais, ce n'est qu'un support de présentation... »

Alors posons-nous une question : qui a vraiment besoin de lire des listes à puces en écoutant une personne parler ? Quand le transparent s'affiche, on le lit (plus ou moins vite) et l'on détache ainsi son attention de l'orateur, au moins en partie. Quand le transparent s'affiche, l'orateur peut entrer en concurrence avec ce transparent : il peut essayer de le développer aussi vite que vous le lisez ! Quand le transparent s'affiche, les listes à puces prennent beaucoup de place et les illustrations revendiqueraient volontiers le mode plein écran... Oui mais voilà, ces listes à puces aident l'orateur à structurer son discours et elles aident l'audience à suivre ce discours qui, sinon, pourrait sembler bien confus.

Pour résoudre ce paradoxe, je me suis proposé une petite expérience dans le cadre de mon activité d'enseignement. Au cours des derniers semestres, j'ai alterné cours avec listes à puces et cours sans listes à puces de la façon suivante :
  • cours avec listes à puces : plan du cours, listes à puces, illustrations et la moitié des schémas à l'écran, l'autre moitié des schémas au tableau ;
  • cours sans listes à puces : illustrations en plein écran, pas de listes à puces, plan du cours et tous les schémas au tableau.
Les résultats sont assez nets : lors des cours sans listes à puces, les étudiants sont plus attentifs, plus nombreux, ils prennent plus de notes et leurs résultats sont supérieurs.

Dans un second temps, je leur ai proposé un questionnaire pour leur demander leur avis sur les diverses modalités de communication employées en cours, sur le fait de communiquer les supports de présentation en guise de polycopié et sur ce qu'ils préféreraient comme type de polycopié. Là aussi, les résultats sont assez nets :
  • ils aiment beaucoup les listes à puces, mais souhaitent les illustrations en plein écran ;
  • ils sont très heureux d'avoir les transparents imprimés, mais souhaiteraient finalement avoir un résumé du cours comme polycopié.
Concernant la première partie des résultats, je dois préciser que les étudiants n'ont pas été sensibilisés au sujet avant de répondre au questionnaire. Il est donc logique qu'ils valident une pratique qu'on leur enseigne et qu'ils ont connue dès le début de leurs études (ou même avant). Quant à la seconde partie des résultats (le polycopié), il y a donc une contradiction. D'un côté, il y a la facilité : des notes déjà imprimées (les listes à puces), que l'on peut éventuellement annoter. Et de l'autre, il y a sûrement la perspective de l'examen : un texte rédigé, certes incomplet, mais qui peut servir de base à la compréhension.

Le point sensible est là. Un support de présentation ne correspond finalement qu'aux notes personnelles de l'orateur. En communiquant ce support, par exemple comme polycopié pour ses étudiants ou par e-mails à ses collaborateurs, il leur transmet un document non autonome qui les incite à ne pas faire leur propre travail de prise de notes, donc d'appropriation du contenu, donc de compréhension.

Alors que faire de ces listes à puces ? Réponse : que l'orateur les garde pour lui. Ainsi, il pourra en profiter sans qu'elles lui fassent concurrence. Ainsi, l'audience sera plus attentive et fera son propre travail d'appropriation. Ainsi, les illustrations passeront en plein écran. Ainsi, les supports de présentation ne seront plus communiqués et l'on pourra leur préférer un résumé qui pourra servir de base à la compréhension puisque, le texte étant rédigé, les relations y seront explicites (puis, donc, et, ou, etc.).

Vous l'aurez compris, nous militons ici pour une communication sans listes à puces et nous vous invitons donc à faire vous-même l'expérience lors de votre prochaine présentation. L'exercice est simple : déplacez les listes à puces vers les notes qui se trouvent en dessous de vos transparents et passez vos illustrations en plein écran. Ainsi, grâce au mode présentateur de PowerPoint ou à l'affichage de l'intervenant de Keynote, vous verrez ces listes (vos notes) sur l'écran de votre ordinateur, mais l'audience ne les verra pas et elle vous écoutera... Vraiment ! (Pour aller plus loin, vous pouvez même insérer des transparents noirs entre les illustrations pour que l'attention soit bien portée sur vous quand il n'y a pas d'illustration à commenter.)

mardi 25 janvier 2005

Un grand oublié de la convergence : le logiciel

Les acteurs de la convergence numérique nous proposent jour après jour de nouvelles possibilités. Voici quelques exemples : photographier avec un dictaphone (le W-10 d'Olympus), consulter des photos sur un lecteur MP3 (le dernier iPod d'Apple), visionner des films sur une console de jeu (la nouvelle PSP de Sony), regarder la télévision sur un téléphone portable (les nouvelles offres UMTS) et écouter la radio grâce à la télécommande d'un enregistreur vidéo (en option chez Archos). Ainsi, le matériel utilisé est de plus en plus multimédia. Il gère le texte, le son, l'image et la vidéo. Alors, on peut s'étonner de ne pas pouvoir écrire en multimédia sur un tel matériel, c'est-à-dire combiner texte, son, image et vidéo dans une même réalisation.

Prenons un exemple : le P800, un téléphone portable de Sony Ericsson qui permet d'aller bien au-delà du simple coup de fil. On trouve sur ce téléphone de petites applications pour saisir du texte, dessiner, prendre des photos et enregistrer du son (ses successeurs, le P900 et le P910i, permettent même d'enregistrer de la vidéo). Mais cela se fait à chaque fois de façon indépendante : quasiment chaque type de média a son outil dédié. Par exemple, on ne peut pas arriver dans un lieu, prendre en note l'adresse, dessiner le plan pour y arriver, faire un panoramique en vidéo, prendre quelques éléments d'architecture en photo, enregistrer l'ambiance sonore et gérer tout ce contenu dans une même application.

Donc, le calepin multimédia existe (sur le plan matériel), mais il est inutilisable (par manque de logiciel adapté). On peut expliquer cela par le fait que les téléphones portables et les assistants personnels ne sont pas au départ des appareils de production. Avec un téléphone, on communique (en envoyant éventuellement du contenu multimédia). Et avec un assistant personnel, on consulte (en prenant éventuellement quelques notes). La convergence de ces deux types de matériel donne lieu à des machines très complètes, mais les usages qui en sont faits ne poussent pas encore les constructeurs à proposer des applications que l'on pourrait qualifier de calepins multimédias.

La rédaction de MMS représente à l'heure actuelle ce qui s'en approche le plus. Mais l'intégration des différents médias y est souvent fastidieuse (il faut préparer les médias puis les insérer dans le message) et l'objectif est alors d'envoyer (de communiquer) directement et non de réaliser des documents multimédias. L'impulsion pourrait bien venir des blogs. Aujourd'hui, on peut envoyer une photo par MMS sur son blog. Demain, peut-être pourra-t-on publier des documents multimédias complets depuis son téléphone portable. Le téléphone comme outil d'écriture de documents multimédias pour le Web : voici donc l'occasion de se pencher de plus près sur le logiciel dans cette grande aventure que représente la convergence numérique.